Thème : Divinités africaines

  • Glossaire des imaginaires africains

    Glossaire des imaginaires africains

    Plus de 30 concepts, mis à jour en continu — du vodun à la subsaharité, du griot à la mythopoïèse. Définitions, contextes, renvois vers les articles.

  • Le trickster africain : pourquoi il refuse de choisir entre le bien et le mal

    Le trickster africain : pourquoi il refuse de choisir entre le bien et le mal

    Anansi vole, trompe, ruse et pourtant, on ne le déteste jamais vraiment. Eshu ouvre les chemins autant qu’il les brouille. Leuk-le-lièvre triomphe par l’esprit plutôt que par la force, sans que cela en fasse un modèle de vertu. Ces figures ont un point commun : elles refusent obstinément de choisir un camp.

    C’est précisément ce que la posture 3 de l’article sur l’écriture des imaginaires africains interrogeait déjà, la tentation de plaquer une grille morale binaire, bien contre mal, sur des récits qui n’ont jamais été construits ainsi. Le trickster1 africain pousse cette idée plus loin encore : il ne se contente pas d’échapper à la binarité, il en fait le ressort même de son existence narrative. Il n’est pas ambigu malgré lui, il l’est par nécessité cosmologique.

    Le trickster africain : pourquoi il refuse de choisir entre le bien et le mal

    Anansi ou comment le vol peut fonder le monde

    Dans la tradition akan des Ashanti du Ghana, le mot ananse signifie araignée. Anansi est fils de Nyame, le dieu du ciel, et d’Asase Ya, déesse de la terre, une position à la frontière entre deux mondes qui dit déjà quelque chose sur sa nature.

    L’un des récits fondateurs de sa figure est celui des histoires. Au commencement, toutes les histoires — tous les contes, toutes les paroles qui rendent la nuit habitable — appartenaient à Nyame. Les hommes vivaient dans un silence épais. Ils travaillaient, dormaient, mangeaient, mais ils n’avaient rien à se raconter au coin du feu.

    Anansi monta au ciel et demanda à Nyame de lui vendre ses histoires. Le dieu, qui avait refusé à des rois et à des guerriers, prit Anansi pour un fou. Il fixa un prix impossible : capturer Onini le python, Osebo le léopard, Mmoboro l’essaim de frelons, et Mmoatia la fée invisible.

    Anansi réussit, pas par la force, mais par le piège, la parole juste au bon moment. Il attacha le python en lui proposant de mesurer sa longueur contre une branche de palmier. Il captura les frelons en leur offrant refuge dans une calebasse. Il fit coller la fée contre une figurine enduite de poix. Nyame, tenu par sa promesse, lui céda les histoires.

    Ce que ce récit dit sur Anansi
    Il vole les histoires au dieu du ciel. C’est un acte transgressif au sens le plus radical — il prend ce qui appartient au divin pour le donner aux mortels.
    Mais sans ce vol, il n’y aurait pas de récits. Pas de contes. Pas de mémoire collective. Anansi est le voleur sans lequel rien ne peut être transmis.
    Sa transgression est constitutive du monde. Supprimer l’acte de ruse, c’est supprimer la possibilité même du récit.
    Ce n’est pas de la morale ambiguë au sens occidental, c’est une autre structure de causalité narrative.

    Les Anansesem — littéralement « les histoires de l’araignée » — se sont répandues à travers l’Atlantique avec la traite négrière. Les communautés akan emmenées en Jamaïque, aux Antilles, au Suriname, ont emporté Anansi avec elles. Il est devenu Nanzi à Curaçao, Aunt Nancy dans le sud des États-Unis, et certains chercheurs voient en lui l’ancêtre de Brer Rabbit — le lapin rusé des contes afro-américains.

    Cette circulation dit quelque chose d’essentiel : une figure narrative qui traverse les océans et les siècles n’est pas un simple personnage de conte. C’est un outil de pensée. Une façon de comprendre le monde dans lequel l’intelligence, même moralement discutable, peut être le seul moyen de survie.

    Eshu ou comment l’ambiguïté peut être une règle cosmologique

    Eshu, aussi appelé Elegba ou Legba, est l’un des Orishas les plus importants de la tradition yoruba, originaire du sud-ouest du Nigeria et du Bénin. Son importance rituelle est absolue : aucune cérémonie, aucun rite, aucune invocation des autres Orishas ne peut commencer sans lui. Il est le premier à être propitié, celui sans qui rien d’autre ne peut avoir lieu.

    Il est le gardien des carrefours, le messager entre les humains et le monde divin, le maître des langues et de la communication. Sans Eshu, les offrandes n’atteignent pas les Orishas. Sans Eshu, les prières se perdent.

    Et pourtant, il est un trickster.

    Le conte du chapeau

    L’un des récits les plus connus d’Eshu met en scène deux amis qui habitent de part et d’autre d’une route. Un jour, Eshu passe entre leurs maisons en portant un chapeau qui est rouge d’un côté et bleu de l’autre. Les deux amis voient le chapeau depuis leurs fenêtres respectives. Plus tard dans la journée, ils se retrouvent et commencent à discuter de ce qu’ils ont vu. L’un dit que l’étranger portait un chapeau rouge. L’autre jure qu’il était bleu. La dispute dégénère. Leur amitié de toujours se brise sur une question de couleur.

    Ce récit n’est pas simplement une histoire de malice divine. Il dit quelque chose de précis sur la nature d’Eshu : il n’est pas du côté du bien ou du mal, il est du côté de la vérité, et la vérité, selon la cosmologie yoruba, dépend toujours du point d’observation.

    Ce que ce récit dit sur Eshu
    Eshu ne ment pas dans ce récit. Il porte simplement un chapeau qui est réel des deux côtés à la fois. Les deux amis ont raison et c’est précisément pour ça qu’ils se disputent.
    Les missionnaires chrétiens, au XIXe siècle, ont assimilé Eshu au diable parce qu’ils ne comprenaient pas qu’une figure puisse être indispensable et malicieuse en même temps.
    C’est exactement ce malentendu que la fiction contemporaine reproduit quand elle tente de ‘ranger’ un Orisha d’un côté ou de l’autre.
    Eshu n’est pas ambigu malgré la cosmologie yoruba. Il est ambigu à cause d’elle. C’est sa nature, pas son défaut.

    Ce qui rend Eshu indispensable à la fiction n’est pas son côté trickster au sens du personnage comique rusé. C’est qu’il incarne quelque chose de structurel : l’idée que la communication est toujours incertaine, que les messages se transforment en transit, que la vérité dépend du carrefour où l’on se tient.

    Un récit qui habite vraiment la cosmologie yoruba doit intégrer cette incertitude dans sa structure. Pas comme élément de suspense ou de mystère mais comme règle du monde.

    Leuk-le-lièvre ou comment la ruse peut être une dignité

    Leuk, en wolof, désigne le lièvre. C’est sous ce nom qu’il apparaît dans les contes de tradition orale d’Afrique de l’Ouest, notamment dans les Contes d’Amadou Koumba de Birago Diop — recueil publié en 1947, résultat de la transcription par Diop des récits du griot Amadou Koumba, transmis oralement dans la tradition wolof du Sénégal.

    Leuk-le-lièvre est le pendant sénégalais d’Anansi, un être petit face aux grands, qui triomphe par l’esprit là où la force le condamnerait à perdre. Son adversaire attitré est Bouki-l’Hyène : forte, bruyante, avide, et invariablement vaincue.

    Tours de lièvre

    Dans le conte « Tours de lièvre » des Contes d’Amadou Koumba, Leuk commet un acte que les règles de sa société condamnent : il s’est approché de la fille du roi Bour, enfermée dans une cabane. En punition, il lui est imposé de rapporter au roi la peau d’une panthère et d’un lion, les défenses d’un éléphant, et les cheveux de Kouss, le gobelin barbu.

    C’est une peine absurde, une mission impossible conçue pour être mortelle. Leuk l’accomplit par la ruse, l’une après l’autre. Il s’en sort, il n’est pas puni. Mais on ne peut pas pour autant dire qu’il est vertueux car il a commis la faute initiale, et ses moyens ne sont pas moralement nets.

    Ce que ce récit dit sur Leuk
    Leuk n’est pas le héros moral de ses propres histoires. Il est souvent égoïste, parfois cruel avec Bouki, toujours prêt à tromper si c’est nécessaire.
    Mais dans une société où les faibles n’ont pas d’autre arme que l’intelligence, Leuk représente une dignité particulière — celle de refuser sa propre défaite.
    Les contes de Leuk ont traversé l’Atlantique comme ceux d’Anansi. Certains chercheurs tracent une ligne directe entre Leuk-le-lièvre et Brer Rabbit des contes afro-américains : la même figure du petit qui survit par la ruse dans un monde qui lui est hostile.
    Ce n’est pas de la morale au sens classique. C’est une intelligence de la survie codifiée en récit.

    La transcription de Birago Diop ajoute une dimension supplémentaire à ces contes : en les mettant par écrit en français, il a fait exister Leuk dans un espace littéraire qui n’était pas le sien à l’origine, sans en effacer la logique. Ce geste de traduction est lui-même une démonstration de ce que signifie habiter un imaginaire sans le trahir.

    Comparaison avec la fantasy occidentale

    La fantasy occidentale dominante, depuis Tolkien, est structurée par une opposition claire entre le bien et le mal. Les forces lumineuses contre les forces obscures. Les personnages rusés — le voleur, l’espion, le menteur — y ont une place, mais ils sont toujours définis par rapport à ce cadre moral : soit ils sont du bon côté, soit leur ruse est mise au service du bien, soit ils finissent par se racheter.

    Ce que les figures du trickster africain proposent est fondamentalement différent. Anansi ne se rachète pas, il n’y a rien à racheter. Son vol des histoires est fondateur. Eshu ne choisit pas un camp parce que dans la cosmologie yoruba, les camps n’existent pas de cette façon. Leuk-le-lièvre ne devient pas vertueux, il reste rusé, et c’est précisément pour ça qu’il est nécessaire.

    Ce n’est pas le personnage rusé que la fantasy occidentale peine à reproduire. Elle en a les siens, de Loki à Tyrion Lannister. Ce qu’elle peine à reproduire, c’est l’idée qu’un personnage puisse être nécessaire au monde précisément parce qu’il refuse d’être moral.

    La différence structurelle
    Dans la fantasy occidentale dominante : le personnage rusé est un élément dans un monde qui a une morale.
    Dans les cosmologies africaines qui portent le trickster : le trickster est celui sans qui la morale du monde ne pourrait pas exister ou ne pourrait pas circuler.
    Anansi sans sa ruse = pas d’histoires. Eshu sans son ambiguïté = pas de communication entre les mondes. Leuk sans sa malice = la force brute gagne toujours.
    Le trickster africain n’est pas en marge de la cosmologie. Il est l’une de ses clés de voûte.

    C’est pourquoi la méthode des 4 questions est particulièrement utile pour travailler avec ces figures. La question 3 — la structure narrative est-elle cohérente avec la cosmologie qu’on habite ? — s’applique ici avec une précision particulière. Si l’on introduit une figure de trickster africain dans un récit construit sur une opposition morale binaire, la figure perd sa nature. Elle devient un personnage rusé dans un monde à bien et à mal — ce qui est une autre chose entièrement.

    La cohérence demandée n’est pas une question d’authenticité culturelle. C’est une question narrative : les règles du monde que vous habitez sont-elles cohérentes avec ce que votre figure peut faire et faire au récit ?

    L’ambiguïté comme architecture

    Anansi, Eshu, Leuk-le-lièvre : trois figures, trois traditions, trois façons différentes de penser ce qu’un personnage peut être dans un récit.

    Ce qu’elles ont en commun n’est pas la ruse mais la fonction cosmologique de l’ambiguïté. Dans chacune de ces traditions, il existe une figure qui opère dans l’espace entre les règles, qui ne peut pas être classée, qui est nécessaire précisément parce qu’elle refuse de l’être.

    Cette ambiguïté n’est pas un défaut de construction. Ce n’est pas le signe d’un personnage mal pensé ou d’un mythe incomplet. C’est une posture narrative délibérée — la quatrième question de la méthode des 4 questions formulée depuis l’intérieur d’une cosmologie : ce qu’on laisse ouvert n’est pas un manque. C’est le choix de ne pas résoudre ce qui résiste, par nature, à la résolution.

    La fiction contemporaine qui habite ces figures — plutôt que de les emprunter — produit des récits où la morale fonctionne autrement. Pas de façon moins rigoureuse. Différemment rigoureuse.


    Cet article s’inscrit dans la continuité directe de la méthode des 4 questions publiée au début du mois. Les figures d’Anansi, Eshu et Leuk-le-lièvre sont des études de cas concrètes de ce que signifie habiter un système de pensée plutôt que l’emprunter.
    Relire la méthode des 4 questions

    1. Personnage présent dans de nombreuses mythologies à travers le monde. Rusé, imprévisible et souvent espiègle, il bouleverse l’ordre établi, détourne les règles, défie les dieux et les puissants, et provoque des événements inattendus. Tantôt héros, tantôt fauteur de troubles, il incarne le changement, la ruse et la remise en question des certitudes.. ↩︎
  • Vodun : archipel des croyances

    Vodun : archipel des croyances

    Ce guide accessible propose une première entrée dans les cultes vodun : leur géographie réelle et diasporique, leurs panthéons, et la manière dont ils irriguent encore aujourd’hui les récits, les rituels et les esthétiques de la région et de ses diasporas.

    Sans prétention d’exhaustivité, il vise à donner des repères simples et respectueux à qui découvre ces traditions religieuses par la littérature, avant d’en approfondir la richesse par d’autres sources.

  • Mythologies ouest-africaines

    Mythologies ouest-africaines

    Cartographie interactive des orishas, esprits et figures mythologiques du Golfe de Guinée. Avec liens vers les articles et bibliographie.

  • Femmes, pouvoir et mythologies africaines : ce que la fiction peut (encore) faire

    Femmes, pouvoir et mythologies africaines : ce que la fiction peut (encore) faire

    Dans les mythologies yoruba, bantou, peule, sérère, akan et dans d’innombrables autres traditions du continent les figures féminines sont des puissances fondatrices d’une importance capitale. Mais ce pouvoir est souvent uniquement un pouvoir de fondation.

    Fondatrices. Médiatrices. Gardiennes. Les figures féminines des mythologies africaines sont fréquemment associées à la création, à la transmission, au maintien de l’ordre cosmique. Elles tiennent le monde en place. Elles le font exister. Mais les figures qui transgressent l’ordre établi, qui agissent contre les attentes de leur cosmologie, qui brisent les règles et en paient le prix ou non, sont moins souvent féminines dans les mythes que dans la fiction contemporaine qui les réécrit. Ce constat demande immédiatement une précision : il ne s’agit pas ici de porter un jugement sur les mythologies africaines, ni de les corriger, ni de les relire à la lumière de catégories politiques contemporaines. Les mythes ne sont pas des textes normatifs à réformer, ce sont des structures narratives à comprendre.

    La question qui nous intéresse est différente, et plus précise : que peut faire la fiction contemporaine avec ce que le mythe n’a pas développé ? Quelles sont les marges du mythe, les espaces narratifs qu’il ouvre sans les explorer, et qu’est-ce qui se passe quand la fiction les habite ?

    1. Les figures féminines dans les mythologies africaines : présence centrale, statut complexe

    Pour cartographier les marges du mythe, il faut d’abord comprendre ce que le mythe contient et ce qu’il organise.

    Dans les cosmogonies yoruba, Yemoja est la divinité mère des eaux, source de toute vie. Oshun est la déesse de l’amour, de la fertilité et de la douceur des eaux. Oya est la divinité des tempêtes, de la mort et de la transformation. Ces trois figures sont parmi les Orishas les plus importants du panthéon yoruba. Leur pouvoir est immense, leur présence dans les rituels et les narrations fondamentale.

    Dans les traditions bantou d’Afrique centrale et australe, les figures féminines ancestrales ont un rôle de médiation entre les vivants et les morts qui est structurant pour les communautés. Elles ne sont pas en retrait, elles sont aux fondements.

    Dans les épopées peules, les figures féminines (mères de héros, épouses de fondateurs, prophétesses) ont une présence narrative importante. Kadidja, la mère de Soundiata dans certaines versions de l’épopée mandingue, est une figure de puissance dont l’action détermine le destin de son fils et de son peuple.

    Une observation s’impose quand on lit ces épopées avec attention : la plupart de ces figures exercent leur puissance dans un registre particulier.

    Deux registres de pouvoir dans les mythologies

    Pouvoir de fondation : créer, transmettre, maintenir. Tenir le monde en place, assurer la continuité entre les générations, réguler les forces qui pourraient déséquilibrer l’ordre cosmique. C’est un pouvoir immense et souvent statique.
    Pouvoir de transgression : agir contre l’ordre attendu, briser les règles, initier une rupture, choisir différemment de ce que la cosmologie prescrit. C’est un pouvoir d’action qui implique un risque, un coût, une conséquence.
    Dans beaucoup de traditions africaines, les figures féminines ont abondamment le premier. Le second est moins fréquent ou plus souvent puni.

    Cette observation n’est pas absolue. Oya, dans les traditions yoruba, est une figure de transgression et de transformation, déesse des tornades et de la mort, elle est associée au changement violent, à la rupture de l’ordre. Mami Wata, présente dans de nombreuses traditions d’Afrique subsaharienne, est une figure dont l’ambiguïté fondamentale inclut une capacité d’action imprévisible.

    Mais ces figures sont précisément remarquables parce qu’elles sont des exceptions dans un paysage mythologique où le registre du maintien et de la fondation prédomine pour les figures féminines. C’est cette tension, pas universelle, pas absolue, mais présente et récurrente qui intéresse la fiction.

    2. La tension entre pouvoir de fondation et pouvoir de transgression

    Pourquoi cette tension est-elle narrative autant que culturelle ?
    Parce que la fiction est, par définition, le territoire de ce qui bouge. Les récits se construisent sur des désirs contrariés, des règles transgressées, des ordres bouleversés. Un personnage qui maintient l’ordre en place n’a pas d’arc narratif au sens classique, il est le contexte, pas le moteur.

    Ce n’est pas un jugement de valeur. C’est une observation sur la mécanique narrative.
    Les figures de fondation sont essentielles aux mythes parce que les mythes ont une fonction différente de celle des récits fictionnels. Un mythe fonde un ordre, l’explique, le légitime, le transmet. La stabilité y est une valeur. La transgression y est souvent un avertissement, pas un modèle.

    La fiction n’a pas cette contrainte. Elle peut explorer ce que le mythe n’a pas eu besoin d’explorer — les désirs propres des figures de fondation, leurs contradictions internes, ce qu’elles auraient fait si l’ordre cosmique n’avait pas exigé qu’elles tiennent leur place.

    Oya : une transgression qui confirme la règle

    Oya est une figure intéressante pour comprendre cette tension. Déesse des tempêtes et de la mort, associée à la transformation violente, elle est effectivement une figure d’action et de rupture dans le panthéon yoruba.

    Mais l’examen de ses mythes révèle quelque chose de caractéristique : sa puissance transgressive s’exerce dans des domaines précis et circonscrits : la mort, la transformation, les frontières entre les mondes. Elle ne conteste pas l’ordre du panthéon. Elle en est l’une des gardiennes les plus puissantes, spécialisée dans le registre de la transition et de la rupture. Sa transgression est, en quelque sorte, institutionnalisée. Elle est la déesse de ce qui transgresse, ce qui est différent d’un personnage qui choisit de transgresser contre les attentes de son propre monde.

    La distinction est narrative autant que théologique : un personnage fictionnel qui habite Oya ne peut pas simplement emprunter sa puissance de surface. Il doit comprendre les règles de son monde et décider ensuite ce qu’il fait avec ces règles.

    La figure punie : un schéma narratif récurrent

    Un modèle d’histoire qui revient souvent : celui où un personnage (ici, une femme) est puni parce qu’il transgresse les règles. Dans de nombreuses traditions africaines, les figures féminines qui transgressent les règles prescrites ne restent pas impunies. Ce n’est pas un schéma universel mais c’est un schéma fréquent.

    La femme qui refuse son rôle de mère, d’épouse, de gardienne dans les contes et récits traditionnels, est souvent transformée, exilée, ou redevient l’ordre qu’elle avait cherché à fuir. Le mythe réintègre la transgression dans sa propre logique de maintenance.

    Ce schéma a une fonction narrative dans le mythe : il affirme les règles en les testant. Mais pour la fiction contemporaine, il pose une question : peut-on explorer des figures féminines africaines qui transgressent sans être punies pour leur transgression et le faire d’une façon qui ne soit pas une simple inversion occidentale du schéma ?
    C’est précisément là que se trouvent les marges du mythe.

    3. Les interstices du mythe comme espace narratif

    Les interstices d’un mythe sont les espaces qu’il ouvre sans les explorer, les questions qu’il pose sans y répondre, les désirs qu’il mentionne sans les développer, les vies qui existent en marge de la narration principale. Ce sont ces espaces que la fiction peut habiter, non pour corriger le mythe, mais pour explorer ce qu’il n’a pas eu besoin de montrer.

    Ce que le mythe tait

    Prenons Yemoja, mère des eaux, figure de vie et de fécondité dans la tradition yoruba. Le mythe nous dit ce qu’elle fait : elle donne la vie, elle protège, elle maintient. Il nous dit peu ce qu’elle pense de ce rôle. Ce qu’elle désire au-delà de sa fonction. Ce qu’elle ressent quand ses enfants meurent. Ce qu’elle ferait si elle choisissait pour elle-même plutôt que pour le monde.

    Ces questions ne sont pas posées par le mythe parce que le mythe n’en a pas besoin. Sa fonction est de fonder un rapport au monde, pas de psychologiser ses figures. Mais ces questions sont exactement celles que la fiction peut poser et explorer. Non pour trahir Yemoja, mais pour lui rendre une intériorité que le mythe, par nature, ne lui a pas donnée.

    Ce que la transgression non punie ouvre

    Quand une figure féminine africaine transgresse et n’est pas punie — ou paie sa transgression d’une façon qui n’est pas une réintégration dans l’ordre — le récit entre dans un territoire que le mythe n’a généralement pas cartographié. Ce territoire est riche précisément parce qu’il est ouvert. Il n’y a pas de modèle narratif établi à suivre. L’auteur doit inventer les règles de la conséquence, les logiques de ce monde sans punition prescrite.

    C’est un travail plus difficile que de simplement emprunter une figure mythologique et lui donner une psychologie occidentale. Mais c’est aussi le travail qui produit des récits vraiment différents.

    La distinction que la fiction doit tenir

    Il y a une tentation à éviter dans ce territoire : celle de simplement renverser le schéma mythologique. Prendre une figure de fondation et en faire une figure de transgression totale, libérée de toute contrainte cosmique, affirmant sa puissance individuelle dans un récit d’émancipation au schéma occidental.

    Ce renversement produirait une figure westernisée, une héroïne d’empowerment qui aurait emprunté le nom et l’apparence d’une divinité africaine, mais dont la logique narrative serait entièrement étrangère à la cosmologie d’origine.

    La fiction qui habite vraiment les marges du mythe doit tenir une tension plus difficile : explorer ce que la figure désire et peut faire au-delà de sa fonction mythologique tout en restant dans une logique de monde cohérente avec la cosmologie d’origine.

    Ce n’est pas de la fidélité au mythe au sens strict. C’est de la cohérence narrative : comprendre les règles du monde qu’on habite avant de les explorer.

    4. Autrices qui habitent ce territoire

    Ces questions ne sont pas théoriques. Des autrices les travaillent et ce qu’ils produisent permet de voir concrètement comment la fiction peut explorer les marges des mythologies africaines sans les westerniser ni les trahir.

    Nnedi Okorafor : restituer l’agentivité sans effacer la cosmologie

    Nnedi Okorafor est l’une des autrices qui travaille le plus systématiquement les figures féminines africaines dans la fiction spéculative. Ce qui caractérise son approche, c’est précisément la tension qu’elle maintient : ses protagonistes féminines ont une agentivité réelle : elles décident, elles agissent, elles transgressent, mais leurs actions s’inscrivent dans des cosmologies qui ont leurs propres règles.

    Dans Who Fears Death (2010), Onyesonwu est une « ewu », une enfant née d’un viol, considérée comme maudite dans sa société. Elle est une figure de transgression radicale : elle refuse son statut, elle apprend la magie malgré les interdictions, elle change les règles de son propre monde. Mais cette transgression a un coût narratif que le récit ne minimise pas et ce coût est cohérent avec la logique de la cosmologie qu’il habite, pas avec une psychologie d’héroïne occidentale.

    Dans la trilogie Binti (2015-2018), la protagoniste quitte sa communauté Himba contre les traditions de son peuple, une transgression fondamentale dans sa cosmologie. Mais Binti ne se libère pas simplement de ses traditions : elle les porte avec elle, elle les transforme, elle les réconcilie avec le monde plus large qu’elle explore. Sa transgression ne la coupe pas de sa cosmologie, elle la redéfinit.

    Ce que fait Okorafor narrativement

    Elle donne à ses protagonistes féminines un désir propre pas seulement une fonction dans un récit.
    Elle laisse la transgression avoir un coût mais ce coût est cohérent avec la logique du monde du récit, pas importé d’un autre système narratif.
    Elle ne résout pas les tensions entre tradition et transgression, elle les laisse vivantes à la fin du récit.
    Ce n’est pas de la westernisation. C’est de l’exploration des marges du mythe depuis l’intérieur de sa logique.

    Natasha Bowen : Yemoja et la transgression de la fondatrice

    Skin of the Sea (2021) de Natasha Bowen, autrice britannique d’origine nigériane et galloise, est un exemple particulièrement clair de ce que la fiction peut faire avec une figure de fondation.

    Le roman prend Yemoja — déesse yoruba des eaux, figure de vie et de don — et lui donne une incarnation : une sirène qui a sauvé une fille de la traite négrière en la transformant, et qui doit maintenant aider les survivants à trouver la liberté.

    Ce qui est narrativement remarquable dans ce choix, c’est que Bowen ne réduit pas Yemoja à un symbole de bienveillance universelle, elle lui donne un dilemme. La sirène Simi a transgressé les règles de Yemoja en sauvant une vie humaine. Et ce sauvetage la contraint maintenant à choisir entre sa propre sécurité et sa loyauté envers ceux qu’elle a sauvés.

    C’est une figure de fondation, un aspect de Yemoja, à qui la fiction donne un pouvoir de transgression cohérent avec sa cosmologie d’origine. Le risque pris est cohérent avec la nature de Yemoja : il vient de l’acte de donner la vie là où elle ne devait pas être donnée.

    La transgression n’est pas une rupture avec la figure mythologique. C’est une exploration de ce que la figure mythologique porte en elle et que le mythe, par nature, n’a pas eu à développer.

    Les voix sahéliennes contemporaines : un territoire à mieux cartographier

    Il faut nommer une limite de cet article : il travaille principalement depuis des oeuvres disponibles en anglais ou en français et accessibles dans les circuits éditoriaux internationaux. Ce biais est réel.

    Des autrices sahéliennes, est-africaines, d’Afrique centrale et australe travaillent ces questions dans des langues locales, dans des circuits de publication moins visibles depuis Paris ou New York. Des autrices comme Nafissa Thompson-Spires, Lesley Nneka Arimah, Oyinkan Braithwaite ou Scholastique Mukasonga habitent ces territoires depuis des traditions différentes de celles d’Okorafor ou Bowen.

    Scholastique Mukasonga, autrice rwandaise publiée en France, mérite une mention particulière. Ses romans, notamment La femme aux pieds nus (2008) et Notre-Dame du Nil (2012), ne sont pas de la fiction spéculative au sens générique du terme, mais ils habitent les traditions tutsi avec une profondeur narrative qui fait partie du même travail : comprendre les logiques d’un monde avant d’en écrire les figures féminines.

    5. Explorer les marges du mythe sans le trahir

    La question de l’authenticité revient inévitablement dans ces discussions. Qui a le droit de réécrire les mythes ? Jusqu’où peut-on aller avant que l’exploration devienne trahison ?
    Nous proposons une façon de cadrer cette question, non pas comme une règle, mais comme une façon de travailler.

    Comprendre avant de transformer

    Travailler avec les figures féminines des mythologies africaines demande de comprendre ce qu’elles font dans leurs cosmologies d’origine, leurs fonctions, leurs relations, les règles qui gouvernent leurs puissances et leurs limites. Non pas pour reproduire ces fonctions à l’identique dans la fiction. Mais pour savoir ce qu’on transforme quand on les transforme.

    Un auteur qui donne à Yemoja une psychologie individualiste sans comprendre son rôle cosmologique de mère universelle ne trahit pas le mythe parce qu’il lui donne de l’agentivité, il le trahit parce qu’il ne sait pas ce qu’il transforme.

    Un auteur qui comprend que Yemoja est une figure de don universel et décide de lui donner un dilemme sur ce don, là où donner menace sa propre existence, transforme la figure en restant dans sa logique. C’est de l’exploration, pas de la trahison.

    La cohérence interne comme critère

    Le critère le plus utile n’est pas l’authenticité au sens strict, qui est impossible à définir pour des traditions vivantes et plurielles. C’est la cohérence interne.
    Les transformations qu’on fait subir à une figure mythologique sont-elles cohérentes avec les règles du monde qu’elle habite ? Ou sont-elles importées d’une logique narrative étrangère ?

    Une figure féminine africaine qui transgresse selon les codes de l’empowerment — qui affirme son autonomie, brise les chaînes de sa tradition, s’émancipe vers la modernité — est narrativement peu intéressante précisément parce qu’elle n’habite pas sa cosmologie d’origine. Elle porte un nom africain mais pense depuis un autre monde.

    Une figure féminine africaine qui transgresse selon les règles de son propre monde — qui prend un risque que sa cosmologie reconnaît comme risque, qui paie un prix que sa logique de monde reconnaît comme prix — est narrativement riche parce qu’elle est réellement dans le territoire qu’elle prétend habiter.

    Ce qu’on laisse ouvert

    La troisième dimension de ce travail est celle que l’article précédent a nommée : l’ambiguïté comme posture délibérée.

    Les figures féminines africaines les plus puissantes narrativement ne sont pas celles dont on a résolu toutes les tensions. Elles sont celles dont les tensions restent vivantes, entre fondation et transgression, entre loyauté cosmologique et désir propre, entre ce que le monde attend et ce qu’elles choisissent.

    Oya n’est pas intéressante parce qu’on a décidé si elle est « bonne » ou « mauvaise ». Elle est intéressante parce que sa puissance est constitutionnellement ambiguë et que cette ambiguïté ouvre des possibilités narratives que la résolution fermerait.

    Mami Wata n’est pas intéressante parce qu’on a déterminé si elle aide ou nuit. Elle est intéressante parce que les deux sont vrais simultanément et que cette simultanéité est la règle de son monde, pas une exception.

    Comment écrire des figures féminines africaines qui habitent leur propre puissance ?

    Comment écrire des figures féminines africaines qui habitent leur propre puissance sans les westerniser, sans en faire des symboles, sans les punir pour leur transgression ? La réponse n’est pas une règle. C’est une posture de travail.

    Sans les westerniser : comprendre les logiques de leurs cosmologies d’origine avant de les transformer. Savoir ce qu’on change quand on change quelque chose.
    Sans en faire des symboles : leur donner un désir propre, des contradictions internes, un coût pour leurs décisions, pas une fonction allégorique dans un récit qui les dépasse.
    Sans les punir pour leur transgression : ne pas reproduire automatiquement le schéma mythologique qui réintègre la transgression dans l’ordre. Mais aussi ne pas l’inverser mécaniquement. Chercher les formes de conséquence qui sont cohérentes avec la logique du monde qu’elles habitent.

    Ce travail est difficile. Il demande de lire, de comprendre, de distinguer l’emprunt de l’habitation. Il demande aussi de tenir une tension que beaucoup de récits préfèrent résoudre : la tension entre ce que le mythe a établi et ce que la fiction peut explorer.

    C’est précisément dans cette tension que se trouvent les récits les plus intéressants. Pas dans sa résolution.

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  • Comment la mythologie africaine inspire la science-fiction moderne

    Comment la mythologie africaine inspire la science-fiction moderne

    Les mythologies d’Afrique, avec leurs divinités capricieuses, leurs esprits ancestraux, et leurs histoires transmises de génération en génération, sont en train de faire une entrée fracassante dans l’univers de la science-fiction moderne. Et franchement, qui aurait cru que les ancêtres allaient débarquer dans nos récits futuristes pour piquer une place au soleil aux androïdes ?

    La science-fiction moderne n’est plus l’apanage des galaxies lointaines. Non, elle plonge maintenant ses racines dans le terreau fertile des mythologies du monde entier. Prenez par exemple la tradition orale africaine, qui a toujours été un moyen de transmission des savoirs, des valeurs, et des mythes. Cette tradition a trouvé un nouveau terrain de jeu dans les récits futuristes. Imaginez un monde où les contes des anciens se matérialisent sous forme d’intelligences artificielles ancestrales, guidant les héros à travers des aventures interstellaires. Une sorte de Siri, version ancestrale, qui connaît non seulement la météo de demain, mais aussi les légendes qui l’expliquent depuis la nuit des temps.

    Wakanda Forever : Quand les panthères noires et les ancêtres font le show

    Le meilleur exemple récent ? Black Panther, bien sûr ! Le film de Marvel, en plus de nous offrir une tonne de « vibranium » (parce que pourquoi pas), nous transporte dans un univers où l’univers africain est le cœur battant de la technologie de Wakanda. Le royaume fictif n’est pas seulement une utopie technologique, c’est aussi un lieu où les ancêtres règnent autant que les algorithmes. Les panthères noires se baladent dans l’au-delà et offrent des conseils précieux à leurs descendants, un concept qui transforme la science-fiction en un savant mélange de traditions séculaires et d’innovations futuristes.

    Nnedi Okorafor : L’ancêtre de la Sci-Fi africaine

    Un nom qui revient souvent quand on parle de l’influence de la « mythologie africaine » sur la science-fiction est Nnedi Okorafor. Cette auteure nigériane-américaine a transformé la littérature de science-fiction en y intégrant des éléments de la mythologie des peuples du Nigéria à tel point qu’on pourrait presque croire que les esprits ancestraux ont décidé de s’inviter dans le cyberespace. Dans son roman « Who Fears Death » (Qui a peur de la mort ?), Okorafor explore un monde post-apocalyptique où la magie et la technologie s’entrelacent, le tout arrosé d’une bonne dose de « mythologie africaine ». Ici, les divinités locales et les esprits ancestraux ne se contentent pas de flotter dans l’éther : ils ont un impact direct sur le monde réel, et même sur les circuits imprimés. Avec ses romans, Nnedi a remporté les grands prix de science-fiction et de fantasy (Prix Hugo, Nebula, World Fantasy) ainsi que le Wole Soyinka Prize for Literature in Africa.

    Toujours sous la plume de Nnedi Okorafor, la série Akata mélange le surnaturel africain avec la vie moderne d’une manière qui transforme la science-fiction traditionnelle. Le personnage principal, Sunny, découvre un monde magique caché en plein Nigéria, où des esprits et des divinités ancestrales partagent la vedette avec des smartphones et des voitures volantes. Ce qui est fascinant ici, c’est comment la magie traditionnelle et la technologie moderne ne s’opposent pas mais coexistent, enrichissant l’univers narratif avec une complexité et une profondeur qui défient les conventions du genre.

    Dans son célèbre roman Binti, elle tisse un récit où traditions ancestrales et technologies de pointe se rencontrent. L’héroïne, Binti, porte en elle les esprits de ses ancêtres tout en naviguant dans un univers galactique. Une véritable ode à la culture africaine, portée dans l’espace !

    Les esprits ancêtres dans Children of Blood and Bone

    Prenons aussi l’exemple de Tomi Adeyemi et son roman Children of Blood and Bone (De sang et de rage). Ici, la magie, autrefois bannie, reprend vie dans le royaume d’Orïsha, inspiré par la mythologie et la spiritualité Yoruba. Les divinités africaines, les Orishas, jouent un rôle central dans ce récit épique où l’héroïne Zélie tente de restaurer la magie dans un monde où elle a été éradiquée par un pouvoir oppressif. Ce roman n’est pas seulement une épopée fantasy, c’est aussi une réflexion sur l’héritage culturel africain et comment celui-ci peut s’insérer dans des récits qui parlent aussi bien au cœur qu’à l’imaginaire.

    La mythologie rencontre les super-héros africains

    L’influence de la « mythologie africaine » se retrouve également dans les comics modernes. Le super-héros Kwezi, créé par le sud-africain Loyiso Mkize, est un adolescent doué de pouvoirs issus des anciens dieux africains. Le jeune héros est confronté à des choix moraux et spirituels qui transcendent le simple affrontement entre le bien et le mal, mettant en avant les croyances et les « valeurs africaines ». Ce mélange de super-pouvoirs et de mythes venus d’Afrique offre une perspective nouvelle dans l’univers des comics, rendant les récits de super-héros encore plus universels et riches culturellement.

    Une révolution culturelle à l’horizon


    Et si on allait encore plus loin ? Imaginez une intelligence artificielle imprégnée de la sagesse d‘Anansi, le dieu araignée, célèbre pour sa ruse et son esprit inventif dans les contes ouest-africains. Dans cette vision de la science-fiction, l’IA ne se contente pas d’être une simple machine, elle devient une entité rusée, capable de manipuler la réalité avec une créativité sans limites. C’est comme si l’IA avait pris un cours intensif de mythes venant d’Afrique pour s’assurer de ne jamais se laisser piéger par les humains.

    En fin de compte, les mythologies des pays d’Afrique ne se contentent pas de chuchoter à l’oreille des écrivains de science-fiction; elle a pris les commandes et pilote maintenant le vaisseau. Que ce soit à travers les films, les romans, ou les bandes dessinées, les récits futuristes sont en train de redécouvrir la richesse des mythes africains, et ils le font avec une créativité débridée. Les esprits ancestraux, les divinités, et les créatures mythologiques africaines se retrouvent projetés dans des mondes où la technologie et la tradition cohabitent, enrichissant ainsi la science-fiction de nouvelles dimensions.

    Curieux de découvrir comment la mythologie africaine inspire la science-fiction moderne et continuent de façonner nos récits futuristes ? Vous pouvez consulter notre page dédiée à l’Afrofuturisme !

    Quelles divinités africaines voyez-vous conquérir la science-fiction moderne ?

  • Les créatures mythologiques africaines et leurs équivalents dans d’autres cultures

    Les créatures mythologiques africaines et leurs équivalents dans d’autres cultures

    Préparez-vous à rencontrer des monstres, des esprits et des animaux mystiques tout droit sortis des légendes africaines, et à les voir se mesurer à leurs cousins éloignés d’autres cultures.

    Les créatures mythologiques africaines et leurs équivalents dans d'autres cultures

    Le Tokoloshe et le Leprechaun : Petits, vicieux et difficiles à repérer

     

    Commençons par le célèbre Tokoloshe, cette petite créature malicieuse venue d’Afrique du Sud. Ressemblant à un gobelin, il adore semer le chaos dans les foyers, un peu comme un enfant hyperactif sans surveillance. On dit même qu’il peut devenir invisible et mordiller vos orteils pendant la nuit. Charmant, n’est-ce pas ?

     

    Maintenant, jetons un œil à l’autre côté de l’arc-en-ciel, où nous trouvons le Leprechaun irlandais. Lui aussi est petit, rusé et adore jouer des tours. Toutefois, il garde jalousement un pot d’or au pied de l’arc-en-ciel. Tokoloshe, prends-en de la graine, un peu de trésor ne ferait pas de mal !

    La Mami Wata et la Sirène : Envoûtement aquatique

    Passons maintenant à Mami Wata (ou Mamy Wata, Mami Watta ou Mama Wata), déesse des eaux vénérée en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Mi-femme, mi-poisson, elle est belle et dangereuse, capable de bénir les pêcheurs chanceux ou d’entraîner les imprudents dans les profondeurs. Un conseil : évitez de la contrarier.

    Son équivalent occidental, la sirène, nage dans les mêmes eaux mythologiques. Souvent représentée comme une créature séduisante qui chante pour attirer les marins avant de les noyer, la sirène partage avec Mami Wata ce côté à la fois fascinant et mortel. Peut-être qu’un jour, elles formeront un groupe de rock sous-marin, qui sait ?

    Le Mokele-Mbembe et le Loch Ness : La compétition des gros lézards aquatiques

    Direction le bassin du Congo où réside le Mokele-Mbembe, cette créature aquatique légendaire souvent décrite comme un dinosaure vivant. Imaginez un brontosaure nageant paisiblement dans les rivières africaines, terrorisant les pêcheurs locaux.

    En Écosse, le monstre du Loch Ness, affectueusement appelé Nessie, fait frémir les amateurs de cryptozoologie. Nessie et Mokele-Mbembe pourraient former un club exclusif des dinosaures qui n’ont jamais entendu parler de l’extinction.

    L’Impundulu et le Vampire : La soif de sang en haute voltige

    L’Impundulu, aussi connu sous le nom d’oiseau-foudre, est une créature mythique d’Afrique du Sud qui se transforme en oiseau géant et appelle la foudre. La créature peut également prendre forme humaine et séduire les jeunes femmes et en prime, il a un goût prononcé pour le sang humain. Ce qui le rend aussi agréable à fréquenter qu’un moustique mutant.

    Côté Europe, nous avons le classique Vampire, immortalisé par Dracula. Les deux ont un faible pour l’hémoglobine, mais le Vampire a plus de classe avec ses capes noires et ses châteaux lugubres. Peut-être que l’Impundulu pourrait bénéficier de quelques conseils en style gothique.

    Le Grootslang et le Dragon : Les serpents géants

    Au fin fond des cavernes sud-africaines, se cache le Grootslang, une bête mi-serpent, mi-éléphant (oui, vous avez bien lu). Cette créature aime les trésors, tout comme son cousin mythologique, le Dragon. Si les Grootslangs et les Dragons se rencontraient, ils pourraient discuter de techniques de garde de trésor et de préférences culinaires – chèvres grillées ou aventuriers imprudents ?

    Le Popobawa et le Chupacabra : Cauchemars nocturnes

    Direction l’archipel de Zanzibar pour découvrir le Popobawa, une créature cauchemardesque mi-homme, mi-chauve-souris qui terrorise les habitants la nuit. L’angoisse qu’il suscite n’a rien à envier à celle des films d’horreur les plus effrayants. Il se faufile dans les maisons pour tourmenter les gens dans leur sommeil.

    En Amérique Latine, le Chupacabra joue un rôle similaire. Cette bête mystérieuse, souvent décrite comme un mélange de reptile et de chien sauvage, s’en prend au bétail, laissant derrière elle des animaux exsangues. Popobawa et Chupacabra pourraient ouvrir une agence de terreur nocturne transcontinentale.

    L’Eloko et le Kappa : Les dangers des coins reculés

    L’Eloko, cette créature mythique des forêts d’Afrique centrale, particulièrement redoutée par le peuple des Bakongo. Les Eloko sont des esprits des morts, souvent dépeints comme des nains maléfiques vivant dans des huttes au cœur des bois. Leur particularité ? Un appétit insatiable pour la chair humaine et une clochette envoûtante dont le son attire les imprudents vers une fin tragique. Charmant, n’est-ce pas ? Un conseil : dans la forêt, lorsque vous entendez une cloche, ne bougez pas. Si vous le faites, vous mourrez !

    Son équivalent du folklore japonais, le Kappa, est un esprit aquatique souvent décrit comme une tortue humanoïde avec un goût prononcé pour la chair humaine, en particulier celle des enfants. Ils vivent dans les rivières et les étangs, et leur passe-temps favori est de traîner les gens dans l’eau pour les noyer.

    Les Eloko et les Kappa partagent un penchant pour les lieux isolés et une nature trompeuse qui attire les humains imprudents vers leur perte. L’un utilise une clochette envoûtante, l’autre profite de sa force aquatique, mais tous deux sont les cauchemars des voyageurs solitaires et des explorateurs téméraires.

    Ce petit tour d’horizon des créatures mythologiques africaines et leurs équivalents internationaux nous montre que peu importe la culture, l’imagination humaine n’a pas de limites lorsqu’il s’agit de créer des êtres fantastiques pour hanter nos nuits et alimenter nos histoires.

    Et vous, quelles créatures ajouteriez-vous à ce bestiaire mondial ?