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N° 03 · Juin 2026

On n’écrit pas un monde. On apprend d’abord à l’habiter.

La Lettre n°3

Bonjour,

Les imaginaires ont parfois la vie difficile.
Ils voyagent d’un continent à l’autre, changent de langue, inspirent de nouveaux auteurs, traversent les siècles. Et, au fil du temps, il arrive qu’ils se réduisent à quelques images facilement reconnaissables.

Un masque.
Un baobab.
Une lance.
Une forêt sacrée.

Quelques noms empruntés à une langue africaine.
Il n’y a rien de mal à puiser dans ces éléments. Toute littérature est faite d’influences, de dialogues et de transmissions.
Mais un imaginaire ne se résume jamais à ce que l’on voit.
Il existe toujours une partie plus discrète.
Une manière particulière de comprendre le monde.

Pourquoi les ancêtres interviennent-ils dans la vie des vivants ?
Pourquoi certains lieux sont-ils sacrés ?
Pourquoi certaines paroles ne peuvent-elles être prononcées qu’à certains moments ?
Pourquoi un personnage peut-il désobéir sans devenir un héros… ou un méchant ?

Toutes ces questions appartiennent à ce que l’on appelle une cosmologie.
Autrement dit, la façon dont un peuple organise les relations entre les êtres humains, la nature, les forces invisibles, le temps et le sacré.

Lorsqu’un roman paraît profondément cohérent, ce n’est pas uniquement parce que son auteur a inventé un beau décor.
C’est parce que tout ce qui s’y déroule répond à une même logique.
Les personnages prennent des décisions qui ont du sens dans leur monde.
Les règles du merveilleux ne changent pas selon les besoins de l’intrigue.
Les pouvoirs ont un prix.
Les interdits existent pour une raison.
Le surnaturel n’est pas un effet spectaculaire : il fait partie de l’ordre du monde.

C’est peut-être cela qui distingue un univers vivant d’un simple décor.
Un décor peut être reproduit.
Une cosmologie, elle, demande d’être comprise.
Et cette compréhension ne s’acquiert ni en quelques recherches, ni en accumulant des références.
Elle demande du temps. De la lecture. Des allers-retours. Et parfois l’acceptation de ne pas tout comprendre immédiatement. Nous avons souvent envie d’aller vite.

D’écrire. De créer. D’imaginer. Mais les mondes les plus riches sont peut-être ceux dans lesquels leurs auteurs ont accepté de passer du temps avant d’y faire entrer leurs personnages.


Lire

Cette semaine, nous vous proposons une réflexion autour d’une question qui revient souvent chez les auteurs de fantasy.

Comment construire un univers inspiré d’une cosmologie africaine sans se limiter à ses symboles ?
Nous partageons plusieurs pistes pour dépasser les décors et commencer à penser un monde dans toute sa cohérence.

→ Lire l’article


La ressource du mois

Parce qu’un imaginaire ne se découvre jamais dans un seul livre, nous vous encourageons, ce mois-ci, à aller lire… des mythes.
Pas leurs adaptations. Pas leurs réécritures. Les récits eux-mêmes, lorsqu’ils sont disponibles. Ils permettent de retrouver une chose que les romans simplifient parfois : la logique interne d’une tradition.
Avant d’observer comment les auteurs contemporains transforment un mythe, il est souvent précieux de rencontrer celui dont ils sont partis.
C’est un détour qui change beaucoup de choses.


La bibliothèque s’agrandit

Le mois prochain, nous publierons un article qui nous accompagne depuis longtemps. Nous y poserons une question simple.
Lorsqu’on écrit à partir d’une tradition qui n’est pas la sienne, comment savoir si l’on se contente d’en emprunter les symboles… ou si l’on commence réellement à habiter son imaginaire ?
Pour tenter d’y répondre, nous partagerons une petite grille de lecture que nous utilisons désormais presque systématiquement lorsque nous découvrons un roman.

Peut-être vous sera-t-elle utile, à vous aussi.


Si cette lettre vous inspire une lecture, une question ou un doute, n’hésitez pas à nous écrire. Les plus belles conversations naissent souvent d’une phrase soulignée dans un livre

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À bientôt,

Les Carnets Marron