La cosmologie yoruba organise l’univers en deux dimensions coexistantes : l’orun (le monde invisible, où résident les divinités et les ancêtres) et l’aye (le monde visible, où vivent les humains). Ces deux mondes ne sont pas séparés par un gouffre mais reliés par les orishas — divinités médiatrices qui circulent entre les dimensions, et par Esu, l’orisha des carrefours, qui traduit entre les deux.
Le rapport à l’orun n’est pas une métaphysique abstraite mais une pratique quotidienne. L’oracle d’Ifa — système divinatoire basé sur la manipulation de noix de palme ou d’une chaîne sacrée (opele), qui se combinent en 256 odù (chapitres), chacun contenant des milliers de vers — permet de consulter les orishas sur les décisions de la vie. Le babalawo ne prédit pas l’avenir : il révèle ce qui est déjà présent dans l’orun et cherche à se manifester dans l’aye.
Cette cosmologie est profondément non-duelle : il n’y a pas de séparation stricte entre le sacré et le profane. Le marché, la cuisine, la chambre à coucher sont traversés par l’orun. Cette immanence — qui distingue la cosmologie yoruba des cosmologies dualistes (matière/esprit, corps/âme) — a fasciné les philosophes et les théologiens, et nourrit la littérature africaine de l’imaginaire comme un modèle ontologique alternatif.